Lettre du Lycée Pro Spécial canicule (21 juin 2026) Canicule à l'école : il était indispensable de prévenir CP CGT Educ 30/06/2025 Fortes chaleurs et plan ministériel Canicule : du vent ministériel mais rien de rafraîchissant… CP CGT Educ 16/06/2026 “L’École bien dans ses murs” Rapport sur le bâti scolaire de l’alliance écologique et sociale (AES) ️Canicule : quels sont les droits au travail ? CGT Confédérale Forte chaleur ou canicule : recommandation de l'INRS Ministère de l'Education nationale Plan ministériel de gestion des vagues de chaleur Livret CGT Changement climatique et travail : des leviers pour agir
Les épisodes de forte chaleur ne sont plus des événements exceptionnels. Ils se répètent, s’intensifient, durent plus longtemps. Ils touchent désormais les établissements scolaires en pleine période de cours, d’examens, de PFMP. Le problème n’est donc pas seulement météorologique : c’est un risque professionnel, un risque scolaire et un enjeu de santé publique.
Dans les établissements scolaires, la situation est d’autant plus préoccupante que beaucoup de bâtiments sont anciens, mal isolés, peu ventilés, dépourvus de protections solaires efficaces et rarement climatisés. Les écoles, collèges et lycées peuvent devenir de véritables pièges à chaleur : salles exposées plein sud, dortoirs surchauffés, bureaux sans aération, ateliers ou cuisines intenables, points d’eau insuffisants, stores défectueux, ventilateurs absents ou inefficaces.
La CGT-EP rappelle une évidence : ni les personnels, ni les élèves ne doivent être contraint·es de travailler, d’étudier, de passer un examen ou d’effectuer une PFMP dans des conditions dangereuses pour leur santé.
La canicule n’est pas un simple inconfort
La chaleur excessive fatigue, déshydrate, diminue la concentration, augmente les risques de malaise, d’accident, de troubles cardiovasculaires, d’épuisement et de coup de chaleur. Elle aggrave aussi certaines pathologies et expose plus fortement les personnes vulnérables : jeunes enfants, élèves en situation de handicap, femmes enceintes, personnes malades, personnels âgés ou sous traitement.
Dans les établissements scolaires, les conséquences sont concrètes : élèves somnolents ou agités, personnels épuisés, surveillance plus difficile, tensions accrues, conditions d’examen dégradées, malaises, impossibilité de maintenir une activité pédagogique normale.
Les épisodes caniculaires sont prévisibles et appellent des mesures anticipées or leur gestion depuis le gouvernement jusqu’aux chefs d’établissement reste trop souvent tardive, improvisée. Pour preuve le récent Plan Ministériel de gestion des vagues de chaleur qui ne prévoit ni modification réglementaire, ni plan global de rénovation énergétique, ni calendrier, ni obligation thermique contraignante. Il se limite à des recommandations sans engagement réel de l’État, tout en renvoyant l’essentiel de la responsabilité aux décideurs locaux et aux personnels.
Ce que dit la réglementation : l’employeur doit protéger la santé
Depuis le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, les employeurs doivent prendre en compte les épisodes de chaleur intense dans la prévention des risques professionnels. Ces épisodes correspondent aux vigilances Météo-France jaune, orange ou rouge. Le risque chaleur doit être évalué et intégré au DUERP, avec des mesures adaptées à l’activité, aux locaux, aux horaires, à l’état de santé des personnels et aux conditions concrètes de travail.
Les mesures attendues peuvent notamment porter sur l’adaptation de l’organisation du travail, des horaires, des pauses, des locaux, la réduction de l’exposition au soleil ou à la chaleur, la mise à disposition d’eau potable fraîche, l’information des personnels et la mise en place de procédures en cas de malaise.
Ces obligations concernent le travail en extérieur comme en intérieur. Les documents de prévention comme le DUERP et le programme annuel de prévention doivent être mis à jour en conséquence.
Le décret reste insuffisant car il ne fixe pas de seuil contraignant, ne renforce pas réellement le droit de retrait et laisse encore trop de latitude aux employeurs. Résultat : le Code du travail ne fixe pas aujourd’hui de température maximale unique au-delà de laquelle le travail serait automatiquement interdit. Mais cela ne signifie pas qu’il faudrait subir. L’INRS utilise les repères de 30 °C pour une activité sédentaire et 28 °C pour un travail physique comme seuils d’alerte pour agir en prévention.
Dans le privé sous contrat : qui est concerné ?
Tous les personnels sont concernés.
Pour les enseignant·es et AESH, agents publics exerçant dans un établissement privé associé à l’État, l’administration ne peut pas se désintéresser des conditions réelles de travail. Les rectorats, les services académiques et les chef·fes d’établissement doivent garantir des conditions compatibles avec la santé et la sécurité.
Pour les personnels de droit privé, personnels OGEC, ASEM, personnels administratifs, d’entretien, de restauration ou de vie scolaire, l’employeur de droit privé doit appliquer les obligations de prévention issues du Code du travail.
Pour l’ensemble des personnels : le CSE, les délégué·es syndicaux et les représentant·es du personnel doivent être saisis.
Dans tous les cas, il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures : la chaleur ne distingue pas les statuts. Un établissement privé sous contrat qui accueille des élèves grâce à des financements publics doit garantir des conditions matérielles compatibles avec la santé des enfants et des adultes.
Les droits à faire valoir immédiatement
Dès que la température rend les conditions de travail ou d’accueil dangereuses, les personnels peuvent et doivent agir collectivement.
Il faut d’abord constater : relever les températures dans les salles, bureaux, dortoirs, CDI, ateliers, salles de restauration, espaces de vie scolaire ; noter l’heure, l’exposition, l’absence de ventilation ou de stores, le nombre d’élèves présents, les malaises ou symptômes observés ; prendre si possible des photos horodatées.
Il faut ensuite alerter par écrit : chef·fe d’établissement, OGEC, rectorat ou DSDEN selon les personnels concernés, élu·es CSE, délégué·es syndicaux, représentant·es CGT, médecine du travail ou de prévention.
Il faut enfin exiger des mesures concrètes : modification des horaires, suppression des activités physiques, changement de salle, accès permanent à l’eau fraîche, pauses supplémentaires, ventilation, occultation des fenêtres, limitation des effectifs dans les salles les plus chaudes, télétravail lorsque c’est possible pour les tâches administratives, annulation ou report des réunions non indispensables, suspension de certaines activités, voire fermeture temporaire lorsque l’accueil sécurisé n’est plus possible.
Droit d’alerte et droit de retrait : ne pas rester seul·e
Lorsque la situation présente un danger grave et imminent pour la santé, le droit d’alerte et le droit de retrait peuvent être mobilisés. Conformément aux articles L.4131-1, L.4131-2 et L.4132-2 du Code du travail, un·e travailleur·euse peut alerter l’employeur et se retirer d’une situation dont il ou elle a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé.
Le droit de retrait n’est pas un geste d’abandon du service : c’est une mise à l’abri face à un danger. Il doit être exercé sérieusement, avec des éléments concrets : température excessive, absence d’eau fraîche, ventilation défaillante, absence de pauses, symptômes, malaise, vulnérabilité particulière, activité physique imposée, élèves ou personnels en danger.
Lorsque c’est possible, il vaut donc mieux construire une démarche collective : plusieurs collègues constatent, écrivent, demandent audience, saisissent les élu·es, interpellent la direction, contactent la CGT et informent les familles lorsque la santé des enfants est en jeu.
Quand l’établissement ne peut plus accueillir en sécurité, la fermeture doit être posée
La CGT-EP refuse que la réponse soit toujours : « ouvrez les fenêtres », « buvez de l’eau » ou « faites au mieux ». Quand les locaux sont à 35 ou 40°C, quand les dortoirs deviennent irrespirables, quand des élèves font des malaises, quand les personnels ne peuvent plus exercer leur mission normalement, il ne s’agit plus d’inconfort mais de sécurité.
Si aucun aménagement raisonnable des horaires, des locaux ou de l’organisation du service ne permet d’assurer un accueil sécurisé, la question de la fermeture temporaire des établissements concernés doit être explicitement posée. A ce sujet, il est inadmissible que le Ministère affirme ce dimanche dans un mail aux personnels, à la veille d’une semaine canicule que « la fermeture d’une école ou d’un établissement ne doit intervenir qu’en dernier recours« . Cette pression à attendre le dernier moment risque de conduire nombre de directions à prendre des risques au mépris de la santé de tou·tes.
Cela vaut aussi dans le privé sous contrat. Le caractère propre, l’organisation interne, la posture dangereuse de « faire plus que les établissements publics » ou la pression de fin d’année ne peuvent jamais justifier de maintenir des enfants et des personnels dans des conditions dangereuses.
PFMP, stages, ateliers : protéger les jeunes, surtout les mineur·es
Lettre du Lycée Pro Spécial canicule (21 juin 2026)
Les élèves de lycée professionnel en PFMP sont particulièrement exposé·es. Ils et elles peuvent travailler dans des ateliers, commerces, cuisines, chantiers, entreprises agricoles, structures de soin, lieux de restauration ou de nettoyage où la chaleur est aggravée par l’activité physique, les équipements, les horaires ou les locaux.
La CGT-EP rappelle que les jeunes en PFMP ne sont pas une main-d’œuvre d’appoint. Ils doivent bénéficier des mêmes protections que les autres travailleurs. Pour les mineur·es, l’article D.4153-36 du Code du travail interdit de les affecter à des travaux les exposant à une température extrême susceptible de nuire à leur santé.
Les établissements doivent donc rappeler leurs obligations aux entreprises d’accueil, écouter les signalements des élèves et des familles, intervenir immédiatement en cas de danger et suspendre temporairement une PFMP lorsque les conditions de sécurité ne sont plus réunies. La CGT-EP revendique : aucune PFMP dans des conditions mettant en danger la santé des élèves, information systématique des entreprises, suspension immédiate possible, protection renforcée des mineur·es.
Comment agir ?
Ne pas rester seul·e face à la direction. Une température relevée par une personne peut être minimisée ; des relevés répétés, dans plusieurs salles, avec photos, témoignages, signalements écrits et demandes collectives deviennent un rapport de force.
Partir du concret : « salle B à 34 °C à 14 h, 29 élèves, stores cassés, pas de ventilation, deux élèves sortis pour malaise » est plus difficile à balayer qu’une plainte générale sur la chaleur.
Lier santé des personnels et santé des élèves. Dans l’Éducation, on essaie souvent de culpabiliser les personnels au nom de la continuité de l’accueil. Or, quand les adultes sont épuisé·es, quand les locaux sont dangereux, quand les enfants ne peuvent plus apprendre, la continuité du service ne consiste pas à faire semblant. Elle consiste à protéger.
Utiliser tous les leviers : écrit collectif à la direction, demande de CSE exceptionnel pour les personnels OGEC, signalement au rectorat ou à la DSDEN pour les maîtres, saisine de la médecine de prévention ou du travail, registre santé et sécurité, alerte danger grave et imminent, information des familles, communiqué syndical local, interpellation de la préfecture ou des collectivités lorsque le bâti est en cause.
Préparer la suite. La canicule ne doit pas disparaître du débat dès que la température redescend. Chaque épisode doit servir à exiger l’inscription du risque chaleur dans le DUERP, un plan canicule d’établissement, des travaux d’isolation, des protections solaires, des points d’eau, des espaces rafraîchis, des procédures claires et des moyens budgétaires.
Les revendications de la CGT-EP
La CGT-EP revendique un véritable plan de protection contre les fortes chaleurs dans les établissements privés sous contrat :
- une évaluation obligatoire du risque chaleur dans chaque établissement ;
- un plan d’action connu des personnels ;
- des relevés de température dans les locaux ; l’accès permanent à l’eau fraîche ;
- des pauses supplémentaires ;
- l’adaptation des horaires ;
- le report des réunions, activités physiques, examens blancs ou tâches non indispensables ;
- la suspension des PFMP dangereuses ;
- la protection renforcée des enfants de maternelle et des élèves en situation de handicap ;
- la fermeture temporaire lorsque l’accueil sécurisé n’est plus possible ;
- un plan massif de rénovation du bâti scolaire.
Au niveau national, la CGT revendique aussi des droits plus contraignants :
- réduction des rythmes de travail en cas de forte chaleur,
- pauses rémunérées supplémentaires,
- maintien et renforcement du droit de retrait,
- enquêtes systématiques après les malaises et accidents liés à la chaleur,
- moyens renforcés pour la médecine du travail, l’inspection du travail et les instances de santé au travail.
En cas de forte chaleur : que faire dès maintenant ?
Mesurer. Écrire. Alerter. Se regrouper. Exiger des mesures. Contacter la CGT.
La santé des personnels et des élèves n’est ni une variable d’ajustement, ni une question de confort, ni un sujet secondaire de fin d’année. Face au dérèglement climatique, l’école ne peut pas continuer à fonctionner comme si de rien n’était dans des bâtiments inadaptés, avec des consignes improvisées et des personnels sommés de « faire au mieux ».
Au-delà de 30 °C dans les locaux, ce n’est pas “normal”. C’est un signal d’alerte.
Quand les conditions deviennent dangereuses, ce n’est pas aux personnels et aux enfants de s’adapter à l’insupportable : c’est aux directions, à l’administration DSDEN-Rectorat-MEN et aux pouvoirs publics d’agir.


