Journées Intersyndicales Femmes 2026
Les 2 et 3 avril 2026, à Bobigny, se sont tenues les Journées Intersyndicales Femmes. Militantes syndicales, chercheuses, historiennes et associations y ont partagé analyses, constats et perspectives de luttes face aux politiques d’austérité et à leurs conséquences sur les femmes.
L’austérité, un choix politique qui pénalise d’abord les femmes
Austérité : un choix politique aux effets bien connus
Dès l’ouverture, les interventions de Christiane Marty, ingénieure-chercheuse, et de Julie Gorrias, responsable de la Cité audacieuse, ont rappelé une réalité essentielle : l’austérité n’est pas une fatalité économique, mais un choix politique. Réduire les dépenses publiques au nom de la lutte contre les déficits fragilise la redistribution des richesses, pourtant indispensable pour réduire les inégalités sociales et celles entre femmes et hommes.
Les effets de ces politiques sont connus, y compris par les institutions économiques internationales : elles creusent les inégalités et frappent davantage les populations les plus précaires. Les femmes sont particulièrement concernées, car elles occupent plus souvent des emplois à temps partiel et connaissent des carrières discontinues.
Dans la fonction publique, le gel du point d’indice, la suppression de postes et la réduction des contrats aidés ont des conséquences directes sur les métiers fortement féminisés. La fermeture de maternités et de centres IVG, amorcée depuis les restructurations hospitalières, entraîne des délais d’accès aux soins plus longs et accentue les inégalités territoriales. Certaines données rappellent la gravité de la situation : une femme décède encore tous les quatre jours des suites de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement, dont une part importante serait évitable.
Des services publics affaiblis, des femmes en première ligne
Les interventions syndicales, notamment celles de camarades issues de la CGT et de la FSU, ont mis en évidence la place centrale des femmes dans les services publics : éducation, santé, social, nettoyage ou accompagnement du handicap.
Ces secteurs, largement féminisés, sont aussi ceux qui subissent le plus fortement les politiques d’austérité. Le cas des AESH a été cité comme emblématique : près de 148 000 personnels accompagnent les élèves en situation de handicap, souvent à temps incomplet et pour des salaires avoisinant 1 000 euros nets mensuels. Ces personnels, pourtant indispensables au fonctionnement du service public d’éducation, restent maintenus dans une précarité structurelle.
Lorsque les services publics reculent, les conséquences se répercutent dans la sphère privée. Les femmes compensent par davantage de travail domestique et de charge mentale. Aujourd’hui encore, elles consacrent en moyenne une heure et demie de plus par jour que les hommes aux tâches domestiques.
Retraites, précarité et inégalités persistantes
Les réformes des retraites ont également été au coeur des échanges. Les pensions des femmes restent inférieures d’environ 40 % à celles des hommes, en raison des interruptions de carrière liées à la maternité, des temps partiels subis et des emplois précaires. La précarité économique demeure fortement féminisée. Une part importante des personnes hors emploi sont des femmes, et certaines n’ont aucun revenu personnel, dépendant entièrement du revenu du conjoint.
Les associations ont également alerté sur les baisses de subventions dont elles sont victimes. Ces réductions budgétaires entraînent une diminution des capacités d’accueil et d’écoute, notamment pour les femmes victimes de violences. Dans les territoires ruraux, où vit près de 30 % de la population, ces difficultés sont particulièrement préoccupantes.
Santé, travail et aidance : des conséquences concrètes
Les impacts des politiques d’austérité sur la santé ont été détaillés par Julie, représentante de l’organisation Solidaires, qui a souligné la fermeture de milliers de lits hospitaliers ces dernières années et l’intensification du travail pour les soignantes.
Les aidantes familiales, très majoritairement des femmes, sont particulièrement touchées. On estime à plus de neuf millions le nombre d’aidants en France, dont une majorité de femmes. Beaucoup réduisent leur activité professionnelle ou renoncent à un temps plein pour accompagner un proche dépendant.
Certaines mesures récentes aggravent encore les inégalités : baisse de rémunération pour les agentes enceintes en arrêt maladie, maintien du jour de carence dans la fonction publique, insuffisance des solutions de garde d’enfants.
Démasculiniser l’Histoire : rendre visibles les luttes des femmes
Le jeudi après-midi a permis de prendre du recul historique avec les interventions des historiennes Ludivine Bantigny, Julie Verlaine et Sylvia Serbin.
Toutes ont rappelé que l’histoire a longtemps été écrite par et pour les hommes, invisibilisant les femmes et leurs luttes. Pourtant, des femmes ont été présentes dans tous les grands mouvements sociaux : de la Révolution française à la Commune, en passant par les luttes ouvrières du XIXᵉ siècle.
La création d’un musée des féminismes, portée notamment par l’association Afémuse, illustre cette volonté de rendre visible ce « matrimoine » et de transmettre ces héritages militants.
Femmes et migrations : invisibilisation et violences
La journée du vendredi a abordé la question des femmes migrantes, souvent invisibles dans les statistiques et les récits dominants. Les interventions ont montré que la migration féminine est en constante augmentation et qu’elle s’accompagne fréquemment de situations de précarité et de violences.
Héma Sibi a présenté une analyse du système prostitutionnel, rappelant que la traite des êtres humains touche majoritairement des femmes en situation de grande vulnérabilité. Les violences subies lors des parcours migratoires, notamment dans certaines zones de transit, ont des conséquences graves sur la santé physique et psychique des victimes.
Le témoignage de représentantes du réseau Lesbiennes sans frontières, notamment Anita et Damari, a également mis en lumière les violences spécifiques subies par les femmes migrantes lesbiennes, confrontées à la fois au rejet familial, à l’exil et aux discriminations.
Extrême droite et offensives masculinistes : un enjeu syndical
Les dernières interventions ont porté sur les stratégies de l’extrême droite et des mouvements masculinistes. La journaliste Pauline Ferrari a analysé le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion de discours misogynes et antiféministes, tandis que l’avocate Violaine de Filippis-Abate a dénoncé l’instrumentalisation du féminisme par certains discours politiques.
Ces analyses ont rappelé que les droits des femmes restent fragiles et que les conquêtes sociales peuvent être remises en cause.
Construire des luttes féministes tout au long de l’année
Au-delà des constats, ces journées ont permis de réfléchir aux stratégies syndicales à développer. Les revendications portées collectivement restent claires :
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- obtenir des temps complets choisis,
- garantir des salaires dignes,
- mettre fin aux temps partiels subis,
- renforcer les services publics,
- défendre l’égalité professionnelle réelle.
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Des exemples de luttes locales ont montré que la mobilisation collective peut aboutir à des avancées concrètes, notamment en matière de créations de postes dans des services fortement féminisés.
Ces Journées Intersyndicales Femmes 2026 ont confirmé une évidence : les femmes ne doivent plus être les variables d’ajustement des politiques budgétaires. Face à l’austérité, la
solidarité syndicale et féministe demeure un levier essentiel pour défendre les droits des femmes et construire une société plus juste.
